Mettre en scène un opéra de Mozart dans une station du métro berlinois, c'est du jamais vu. Mais la Flûte Enchantée, parabole sur l'exclusion et l'amour vainqueur, avec un Papageno SDF, y résonne de manière juste, tragi-comique et contemporaine.
Christoph Hagel, metteur en scène et chef d'orchestre allemand, connu pour d'autres mises en scène d'oeuvres classiques dans des lieux de la vie quotidienne, avait choisi la flambante neuve station "Bundestag" d'une future ligne de métro traversant le quartier gouvernemental.
Entre des colonnes de béton et une voie vide, dans une pénombre habitée de lumières, sur les chaises métalliques, le décor de la solitude est planté. Prostré, Papageno est endormi en chien de fusil. Pamina est une étudiante paumée que des policiers rudes arrêtent et malmènent faute de titre de transport.
Les trois dames au service de la Reine de la nuit sont des balayeuses zélées, qui se transformeront en dominas vêtues de cuir brandissant des fouets. Papagana est une punk. Trois garçons incarnant les trois génies arrivent sur leur skate-board.
Les échanges de Papageno, oiseleur transformé en SDF malicieux et provocateur, à la voix rocailleuse, avec Tamino, prince coiffé d'une perruque tombé tout droit de son 18e siècle ne manquent pas de sel.
"Comment nomme-t-on cette contrée? Et qui y règne", interroge le distingué Tamino.
"Ben, c'est le quartier gouvernemental, et c'est Angela Merkel qui règne", rétorque Papageno, interprété d'une voix rocailleuse par Jan Plewka, ancien chanteur du groupe de rock allemand Selig.
"Et si c'était la puissante reine de la nuit. Dis-moi, mon ami, as-tu déjà eu la chance de voir cette déesse?", demande encore le délicat prince poudré.
"La Merkel, Seulement à la télé", tranche Plewka.
Pour Christoph Hagel, les passagers du métro peuvent ressembler à des Tamino, Pamina, Papageno, Papagena, qui se cherchent pour s'aimer et déjouer les tours des puissances obscures. "Le métro, a-t-il écrit, est un espace social pour les rencontres de hasard, rencontres banales ou rencontres décisives. Le plus romantique, tout comme le mal, peuvent s'y manifester. C'est un réseau urbain qui relie tous avec tous".
En lisant des petites annonces où des solitaires tentent de retrouver quelqu'un qu'ils ont croisé fugitivement dans le métro, a-t-il confié à l'AFP, "j'ai eu l'idée de rapprocher le cosmos de la Flûte de celui du métro".
Et, en choisissant pour incarner Papageno un chanteur rock, "je suis sûr que Mozart aurait été d'accord", assure-t-il.
Mais créer ce spectacle dans une station souterraine a été une tâche herculéenne, depuis l'acoustique et le chauffage jusqu'aux démarches administratives, admet-il.
Certains dialogues ont été en outre modernisés et l'opéra abrégé à 120 minutes.
Hagel a déjà produit en 1997 "Don Giovanni" dans une centrale électrique et "La Flûte enchantée" sous un chapiteau de cirque en 1998.
Pour la compagnie de transports publics berlinois BVG, "la star secrète" du spectacle est la station de métro, dessinée par l'architecte Axel Schultes, et qui sera ouverte en 2009 aux passagers.
C'est une "cathédrale souterraine", a commenté le quotidien berlinois Tagesspiegel. Le ballet d'images projetées sur les parois n'est pas pour rien dans cette magie. Article Orange |