Cette conférence de presse, voulue comme "un symbole d'unité", a rassemblé un nombre exceptionnellement élevé de metteurs en scène du théâtre public (compagnies indépendantes et directeurs d'institutions), toutes générations confondues.
Parmi eux figuraient Olivier Py (directeur de l'Odéon), Patrice Chéreau, Ariane Mnouchkine, Didier Bezace, Alfredo Arias, Stéphane Braunschweig, Jérôme Deschamps, Alain Françon, Muriel Mayette (Comédie-Française), Stanislas Nordey, Valère Novarina, Claude Régy ou encore Jean-Michel Ribes.
"Je n'ai pas souvenir d'une telle réunion collégiale", a souligné M. Py, qui a pointé du doigt "un incroyable, un sidérant déficit de politique culturelle" de la part de l'Etat, au-delà des seules questions budgétaires.
"L'économie du spectacle vivant est asphyxiée. L'idée même de service public de la culture est gravement mise à mal", a renchéri Arnaud Meunier (Compagnie de la Mauvaise Graine).
Depuis plusieurs mois, l'inquiétude gronde dans le spectacle vivant. D'abord échaudés par la lettre de mission envoyée par l'Elysée et Matignon à la ministre de la Culture Christine Albanel, les professionnels ont ensuite protesté contre le montant du budget 2008 du ministère (640 M euros pour la création).
Face à ce mécontentement, Mme Albanel a annoncé en décembre un "desserrement budgétaire" de 34,8 M euros, puis lancé le 11 février les Entretiens de Valois, sorte de mini-Grenelle du spectacle vivant.
"Il était prévu au budget un gel de 6% sur l'ensemble du spectacle vivant en 2008. Après des protestations vigoureuses du métier, le ministère des Finances a débloqué 34 millions d'euros (...). Or, une partie a été affectée à d'autres choses", a affirmé Jean-Pierre Vincent (compagnie Studio libre).
"Tout ce qui bouge et qui pense est actuellement gênant", a pour sa part jugé Didier Bezace (CDN d'Aubervilliers"). "Les gens vont mal, bouffent mal, sont mal logés, et en plus on voudrait les priver de ce que nous faisons: raconter des histoires".
Enfin, dans une intervention iconoclaste et remarquée, Ariane Mnouchkine a enjoint le monde du théâtre de mettre fin aux "discours corporatistes" sous peine "d'aggraver le divorce avec une partie de la population" et d'être considéré comme "une nomenclature de privilégiés".
"Qu'est-ce qu'on fait? En quoi participons-nous à la solidarité nationale et pas qu'à celle des gens de culture?", s'est-elle interrogée.
"C'est très grave, Nicolas Sarkozy au pouvoir, un président qui veut aller au-delà de l'avis du Conseil constitutionnel", a-t-elle lancé. "On s'exprime ici comme si on avait un gouvernement normal. Or, on n'a pas un gouvernement normal!"
Mme Albanel, qui a organisé un point presse dans l'après-midi au ministère, s'est dite "un peu choquée et blessée" par les propos des metteurs en scène.
"Tout le monde est conscient qu'on est aujourd'hui dans une fin de cycle. Cela ne veut pas dire désengagement, mais réfléchir tous ensemble aux défis d'aujourd'hui", a-t-elle ajouté, estimant qu'il fallait "sortir de cette idée de dire qu'on fait une politique culturelle en continuant à donner toujours plus de subventions". Article Orange |