 Les employeurs du spectacle vivant (théâtre, danse, musique) ont exprimé lundi leur "exaspération" devant le projet de budget 2008 de leur ministère de tutelle, lors d'un rassemblement unitaire à Paris rare dans ce secteur, et réclamé un "Grenelle de la culture". "C'est la première fois depuis qu'existe le ministère de la Culture (1959, NDLR) que tous les employeurs du spectacle vivant sont réunis pour faire part de leur angoisse face au projet de budget, qui est inadéquat et sans vraie structuration", a expliqué le président de la Feps, Georges-François Hirsch. La Fédération des employeurs du spectacle vivant privé et public (Feps) a présenté lors d'une conférence de presse au Théâtre du Rond-Point le contenu d'une lettre ouverte adressée lundi au président Nicolas Sarkozy. Dans ce courrier, une douzaine de syndicats dont le Syndeac (centres dramatiques, scènes nationales...) attirent "solennellement" l'attention du chef de l'Etat sur "l'inadéquation des moyens inscrits avec les engagements, concernant la culture, sur lesquels (il a) été élu par les Français". Le candidat Nicolas Sarkozy avait fait de la démocratisation culturelle et de la création deux de ses priorités en matière culturelle, des domaines dont les crédits sont en baisse respectivement de 17,9% et 0,5% dans le projet de budget 2008. "Nous n'avons jamais vu les Drac (directions régionales des affaires culturelles) aussi mutiques. Et à chaque fois que nous avons des chiffres, ils sont catastrophiques", souligne le président du Syndeac, François Le Pillouër, qui fait état par exemple d'une baisse de 15% des crédits alloués à l'Ecole du TNB à Rennes et de 6% pour la MC2 à Grenoble. Devant "l'urgence", les professionnels du spectacle, issus du secteur subventionné comme du privé, demandent au chef de l'Etat "de décider l'organisation d'un +Grenelle de la culture+ avant juin 2008". Cette "rencontre" mettrait "autour de la table" plusieurs ministères (Culture, Education nationale, Affaires étrangères, Travail, Finances, Jeunesse), les représentants des collectivités locales et les professionnels du spectacle et "permettrait de répondre aux questions récurrentes posées à nos professions depuis de nombreuses années", poursuit la lettre. En attendant ce "Grenelle", les employeurs demandent le "dégel" des sommes gelées que l'Etat n'a toujours pas versées en 2007, estimées à 42% par le Syndeac. Ils exigent en outre le report de la "réserve de précaution" de 6% des crédits appliquée en 2008 à la culture. "La modicité du budget de la culture devrait faire qu'il soit sanctuarisé et qu'il ne soit pas la variable d'ajustement du budget de la nation", estime Georges-François Hirsch. Enfin, les professionnels souhaitent "une rallonge budgétaire de 50 millions d'euros pour le spectacle vivant" (265,8 millions d'euros prévus en 2008 au titre du fonctionnement), compte tenu de l'accroissement de l'effort de l'Etat auprès de certaines institutions, comme l'Opéra-Comique. "Je n'ai jamais vu des directeurs de structures, des metteurs en scène, des chorégraphes aussi exaspérés par la situation", confie François Le Pillouër, à l'évocation d'éventuelles actions de protestation. Le Synavi (compagnies indépendantes) prévient déjà que ses membres n'hésiteraient pas à "intervenir de manière extrêmement vigoureuse dans les Drac" si leurs exigences n'étaient pas entendues. |