Morte dans des circonstances tragiques le 31 août 1997, la princesse Diana était une image, au point d'être la femme la plus photographiée au monde. Ses photos faisaient bondir les ventes des magazines tout en fabriquant sa légende. Deux événements, à l'occasion de ce dixième anniversaire, viennent le rappeler : une exposition à la National Portrait Gallery de Londres et la donation à Getty Images, la plus grosse agence photo de la planète, de vingt mille photographies que Jayne Fincher a réalisées de la princesse. "Diana comprenait la photo de manière instinctive, explique celle qui a longtemps été la seule femme photographe de presse accréditée au Palais de Buckingham. Elle passait des heures à lire des magazines illustrés. Au fil des ans, elle a développé un sixième sens, celui du visuel, de la pose."
Jayne Fincher a couvert l'épopée Diana entre 1980 et 1997. Elles étaient devenues amies. La princesse fait plusieurs fois appel à elle pour prendre des photos familiales. Jayne Fincher a quitté la profession, en 1997, pour s'occuper de ses enfants, écoeurée par la traque médiatique de Diana. Après la mort de celle-ci, elle a offert sa collection de vingt mille clichés au Diana Memorial Fund, aujourd'hui cédée à Getty Images.
Jayne Fincher insiste sur l'autocensure que pratiquaient les photographes : "À l'instar de la plupart de mes confrères, j'ai écarté les photos ne la montrant pas à son avantage, en particulier celles accentuant la longueur de son nez, son menton trop carré ou sa minceur." A écouter Jayne Fincher, la photographie était le seul vrai passe-temps de la princesse. Elle lui a souvent montré ses photos soigneusement rangées dans des albums à l'ancienne.
"ICÔNE DE LA MODE"
L'exposition "Diana, Princess of Wales", organisée à la National Portrait Gallery jusqu'au 31 janvier 2008, retrace une carrière royale devenue destin. "La sélection entend démontrer les différents rôles qu'a interprétés la princesse : représentante de la famille royale, épouse et mère, ambassadrice de causes humanitaires, icône de la mode et de la beauté", explique la conservatrice Rosie Bradley.
Quinze photos seulement sont au mur, tirées de la collection permanente du musée - aucune prise par Jayne Fincher. Elles permettent de distinguer trois périodes dans l'épopée Diana.
De 1981 à 1985, la jeune fille timide, joufflue, peu sûre d'elle, baisse la tête devant les objectifs. Patrick Lichfield, cousin de la souveraine, et le grand photographe lord Snowdon, ex-mari de la princesse Margaret, immortalisent une jeune femme écrasée par la future charge. Le teint de pêche, le profil net et droit, le sourire à peine esquissé rappellent les lourds portraits de rois et reines pendus au Buckingham palace.
Entre 1985 et son divorce, en 1996, Diana se transforme en mannequin royal. L'épouse de l'héritier au trône met en avant ses longues jambes, ses belles épaules, ses grands yeux bleus de séductrice, ses tenues Armani ou Versace. Pour projeter cette image glamour, elle fait appel à deux cockneys, portraitistes de la mode et des arts, David Bailey et Terence Donovan. Ils signent des oeuvres mêlant distance de la haute noblesse et chaleur humaine. Diana est maîtresse de sa destinée, comme l'atteste son refus de poser pour Norman Parkinson, proposé par le Palais, qu'elle juge trop vieux et surtout trop proche de sa belle-famille.
La troisième partie de l'exposition court jusqu'à sa mort, quand les amarres ont été rompues avec les Windsor. Mario Testino retrace la période la plus troublée de cette existence brisée, privilégiant la femme libre sur la princesse. |