Les milliards d'euros de chantiers d'infrastructures de l'Exposition universelle de 2015 de Milan (nord) risquent d'attirer la mafia, bien placée pour en tirer profit grâce à sa présence dans le secteur de la construction de la région la plus prospère d'Italie.
Richissime grâce au trafic de cocaïne, dont elle est le premier importateur en Europe, la 'Ndrangheta, la mafia de Calabre (sud), très présente à Milan et sa région, recycle son argent sale "en premier lieu dans la construction", explique Alberto Nobili, procureur-adjoint à Milan. "Il y a donc un risque qu'elle s'infiltre dans les appels d'offres" qui vont être lancés pour l'Expo, dont l'organisation a été remportée par Milan face à Izmir (Turquie) il y a un an, poursuit le magistrat. Au total, près de 15 milliards d'euros devraient être dépensés pour construire des infrastructures dans le cadre de l'Expo. "Des fonctionnaires ont déjà été approchés par des mafieux qui cherchent des canaux privilégiés pour s'accaparer les chantiers", assure M. Nobili. Ayant créé ses propres entreprises ou redressant des sociétés en difficulté, la 'Ndrangheta réussit à mettre la main sur des contrats juteux dans la région en intimidant les concurrents ou en corrompant les élus, selon M. Nobili. Mi-mars, un système de ce genre a été démantelé en Lombardie, la région de Milan, et vingt personnes, soupçonnés de liens avec la 'Ndrangheta, ont été arrêtés. Un coup de filet qui "a permis de comprendre que cette organisation chauffe ses muscles pour l'Expo", souligne le procureur. A cause de la crise, le danger existe aussi que des entreprises dans une situation financière difficile ne tombent dans les bras de la mafia, selon Claudio De Albertis, président de l'association des constructeurs de la province de Milan. Mais l'entrepreneur est "convaincu qu'il sera possible de dresser une barrière face à ce phénomène" grâce à la mobilisation des autorités.La maire de Milan, Letizia Moratti la mise en place d'un comité de vigilance afin de "prévenir toute infiltration illégale au sein de l'Expo". Selon le quotidien Il Sole 24 Ore, qui cite une enquête confidentielle de la direction nationale anti-mafia, la 'Ndrangheta gagne du terrain dans la "capitale économique" de l'Italie, qui devient de plus en plus son centre névralgique. "L'argent, la mafia le fait dans le nord" mais "ici, réussir à en parler est presque un succès", observe M. Nobili. Regrettant "l'attention insuffisante" des élus du nord face à la mafia, un magistrat de Palerme, Antonio Ingroia, a suscité récemment une polémique. "Il est nécessaire de faire très attention à ce que tout soit fait dans la transparence" mais "nous n'avons pas peur", rassure Carlo Masseroli, adjoint du maire au Développement du Territoire. Pour M. Nobili, "il faudra surveiller toutes les entreprises qui demanderont à participer aux chantiers et vérifier quelles sont leurs garanties". De son côté, la Chambre de commerce de Milan délivre des "certificats anti-mafia élaborés avec la préfecture" et attestant de l'honnêteté des entreprises. Elle a aussi un projet de partage d'informations sur les appels d'offres afin d'améliorer la transparence et "éviter les infiltrations mafieuses", selon le responsable de la communication, Mario Barone. L'enjeu est de taille : les entreprises attendent des retombées importantes de l'Expo grâce aux chantiers qui pourraient leur permettre de contrer la crise. Article Orange |